Mycose de l’ongle · pourquoi le traitement dure si longtemps

Mon gros orteil droit a mis onze mois à redevenir normal. Onze mois, pour un ongle épaissi et jauni sur un tiers de sa surface. Personne ne m’avait prévenue de cette durée, et c’est la raison principale pour laquelle j’écris cet article.

Pourquoi c’est si long

L’explication que j’ai trouvée est mécanique et tient en une phrase : un ongle de pied pousse lentement, de l’ordre de un à deux millimètres par mois chez l’adulte, et le traitement n’efface pas la partie déjà atteinte. Il empêche l’atteinte de progresser dans la partie neuve.

Autrement dit, on attend que l’ongle entier se renouvelle. Pour un gros orteil, ça représente souvent neuf à douze mois. Pour les petits orteils, un peu moins.

Quand j’ai compris ça, j’ai arrêté de guetter une amélioration chaque semaine. La bonne question n’est pas « est-ce que ça va mieux ? », c’est « est-ce que la partie qui repousse à la base est saine ? ».

Ce que j’ai observé, et ce que je n’en conclus pas

L’ongle est devenu plus épais, jaunâtre vers le bord libre, et s’effritait quand je le coupais. Il n’était ni douloureux ni décollé.

Ces signes orientent vers une atteinte fongique, mais ils ne la prouvent pas. Un ongle abîmé par un traumatisme répété, par exemple le frottement dans une chaussure trop courte, peut ressembler à ça. D’autres situations donnent des aspects proches. Je n’ai jamais été en position de trancher moi-même, et c’est pour ça que je suis allée demander.

Un prélèvement m’a été proposé. J’ai compris sur le moment pourquoi : traiter pendant un an quelque chose qui n’est pas ce qu’on croit, c’est un an perdu. L’examen a confirmé l’hypothèse, et le traitement a été choisi en conséquence.

Je n’ai aucune formation dans le domaine de la santé et rien ici n’est un avis médical. Un ongle qui change d’aspect, s’épaissit, se décolle ou devient douloureux doit être montré à quelqu’un capable de l’examiner, surtout si vous vivez avec un diabète, un trouble de la circulation ou une immunité affaiblie. Les ressources de l’Inserm sur le diabète de type 2 expliquent pourquoi la surveillance des pieds compte particulièrement dans ce cas.

Les vernis en vente libre

J’ai commencé par là, avant de consulter, pendant quatre mois. Application deux fois par semaine, limage de la surface avant chaque pose, comme indiqué sur la notice.

Résultat chez moi : aucun changement visible au bout de quatre mois. Je ne dis pas que ces produits ne servent à rien, je dis qu’ils n’ont rien fait sur mon ongle, et que j’ai perdu une saison à essayer avant de demander un avis.

Ce que j’ai mieux compris après : ces formules visent plutôt les atteintes limitées au bord libre, sur une surface réduite, prises tôt. La mienne était plus étendue que je ne le croyais, parce que je regardais la couleur et pas l’épaisseur.

Le traitement, et la discipline qu’il demande

Une application régulière pendant des mois, sans sauter des semaines. C’est la partie difficile, parce qu’il ne se passe rien de visible pendant longtemps, et que la motivation s’érode.

Ce qui m’a aidée : une photo tous les premiers du mois, toujours au même endroit, avec la même lumière. En comparant janvier et mai, la différence à la base de l’ongle devient évidente, alors qu’entre deux semaines consécutives on ne voit rien du tout.

Le reste tient aux habitudes : couper droit sans creuser les coins, comme je l’explique dans mon article sur la coupe des ongles de pied, et sécher soigneusement entre les orteils après chaque douche.

Éviter que ça revienne

Une fois l’ongle sain, le risque de recontamination reste réel, surtout quand on garde les mêmes chaussures et les mêmes habitudes.

J’ai jeté les chaussures que je portais le plus pendant cette période, ce qui est peut-être excessif et m’a coûté une paire que j’aimais. J’ai gardé la rotation entre deux paires, les chaussettes en coton changées quotidiennement, et le séchage orteil par orteil. Ce sont les mêmes gestes que pour la peau, détaillés dans mon article sur la mycose et le pied d’athlète.

Dans une famille, la question des sols partagés se pose aussi. Chez nous, des tongs dans la douche pendant la période de traitement ont fait partie des règles, à la grande joie des enfants.

Ce que j’ai arrêté de faire

J’ai arrêté de poser du vernis coloré par-dessus pour masquer l’aspect de l’ongle. Pendant deux mois, c’est exactement ce que j’ai fait, avant chaque sortie en sandales. Le résultat visible était meilleur, et je ne voyais plus du tout l’évolution de ce que j’étais censée surveiller.

J’ai aussi arrêté de limer agressivement la surface pour rendre l’ongle plus fin. On m’avait dit que ça aidait le produit à pénétrer. Un limage léger fait peut-être partie du protocole selon les produits, mais un limage intensif fragilise ce qui reste et n’accélère rien.

Enfin, j’ai arrêté de chercher des photos comparatives en ligne. Un ongle photographié sous une lumière jaune ne ressemble pas au même ongle sous une lumière de salle de bains, et cette comparaison ne m’a jamais rien appris d’utile.

Le coût, puisque personne n’en parle

La consultation, le prélèvement d’analyse, puis le produit sur presque un an : ce n’est pas négligeable, et la partie remboursée dépend de la situation de chacun.

Comparé aux quatre mois de vernis acheté en libre service qui n’ont rien donné, le calcul reste favorable. J’aurais payé moins cher au total en consultant dès le premier mois, ce qui est l’argument le plus concret que je puisse donner à quelqu’un qui hésite.

Ce que je dirais à quelqu’un qui commence

Faites confirmer avant de traiter. C’est le conseil que je me serais donné, et il m’aurait fait gagner quatre mois.

Prenez une photo par mois. C’est le seul moyen que j’aie trouvé de voir une progression qui s’étale sur une année, et c’est ce qui m’a permis de tenir le traitement jusqu’au bout.

Un dernier détail de calendrier : j’ai commencé le traitement en février, et l’ongle n’a eu l’air normal qu’au mois de janvier suivant. Si vous visez l’été en sandales, comptez à rebours, parce que démarrer en mai pour être présentable en juillet ne fonctionne pas.

Portrait de Virginie Castets
Virginie Castets

Virginie écrit sur les pieds en curieuse, sans titre ni formation dans le domaine. Elle lit, elle essaie chez elle, et elle renvoie vers un professionnel de santé dès qu’un symptôme dépasse le soin courant.